Jour 10: La survie en Artique

2008-07-18

Inuvik (TNO) 08h30
Eagles Plain (YK) 17h30
366 km

2008-07-18-Dempster-Highway-072008-07-18-Dempster-Highway-042008-07-18 Dempster Highway 062008-07-18 Dempster Highway 032008-07-18 Dempster Highway 022008-07-18 Dempster Highway 01

La journée la plus difficile et dangereuse du voyage.

La nuit s’avère froide. Je ne dors pratiquement pas. En fait, en début de voyage, j’avais pris la décision de voyager le plus léger possible ce qui signifiait que je devais faire des concessions au niveau de l’équipement de camping et surtout, du sac de couchage. Pour sauver de l’espace, je traîne un sac très compact, typiquement adapté aux températures d’été soit +7.

Je crois maintenant avoir fait une erreur car les nuits de plein air sont simplement désagréables et le froid m’empêche de dormir. Je devrai revoir cette stratégie dans mes voyages futurs.

Je me lève tranquillement, épuisé, sans savoir ce qui m’attend vraiment. Il a plu légèrement hier et probablement toute la nuit. Mais rien de grave, du moins selon mon expérience. En fait, j’accueille cette humidité avec enthousiasme car elle réduira certainement les nuages de poussière créés par les camions lourds qui me dépassent sur la route de gravier. Je décide de quitter vers le sud, d’entreprendre la 2ième portion du voyage. Il serait faux de prétendre que j’en ai pas assez du froid, de la pluie et du vent. En moto et en camping, je suis totalement exposé et je commence à vouloir un peu de chaleur et de confort… Le sud est une bonne solution, habituellement…

Dès mon départ, je constate que la route est humide et moins risquée. Je suis prudent et roule lentement. La route a durcit et les billes, présente lors de mon arrivée sont beaucoup moins nombreuses.

La météo n’est pas si mal. Il fait froid, certes, mais la pluie est légère et les vents pas trop violents.

Mais tout allait changer…

En fait, après 100 km, la route était devenu beaucoup plus difficile, humide et la pluie plus présente. Après Fort MacPherson, je devais faire très attention car c’était très glissant. Je réussi quand même à m’avancer raisonnablement.

Lors de mon passage sur le 2ième traversier, le préposé aux véhicules me pique une jasette. Il m’indique que plusieurs personnes lui avaient indiqué que le chemin était très détérioré au sud. Je me dit que ça ne pouvait être pire que ce je venais de passer!

Mauvaise réponse.

Évidemment, il est de nature humaine de toucher pour croire. Mais ce n’est pas toujours la bonne solution…

En fait, la route se détériore rapidement au point où il devient très difficile d’avancer, littéralement impossible à certains endroits. En fait, le cocktail produit par le gravier, la pluie, le froid et le vent est si glissant et boueux que c’est comme faire de la moto sur de la neige collante avec une machine de 400 kilos et des pneus d’été.

Et l’inévitable se produit : la chute.

Heureusement, je roulais très lentement donc pas de dommage mais je réalise rapidement que c’est quand même catastrophique car je suis littéralement couvert d’une boue visqueuse et collante. La situation est pathétique.

Lever la machine du sol est une réelle épreuve car tout est si glissant. Je dois enlever tous mes baguages dans la boue et la pluie, car la moto est simplement trop lourde.

En fait, sur terrain normal, je suis en mesure de relever la moto relativement facilement, et ce, malgré mes bagages et la masse de la machine. J’avais d’ailleurs eu la chance de pratiquer la veille de mon départ! Mais là, la situation est totalement différente. Je suis épuisé, mouillé, tout est si glissant. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je me sens un peu seul au monde!!! Et c’est le cas.

Par miracle, je réussi a lever le tout et à repartir. Lentement, très lentement.

Il est difficile, voire impossible de bien décrire les conditions routières et surtout le sentiment de découragement qui est très présent.

Le questionnement débute évidemment. Dois-je faire demi-tour? Retourner à Inuvik ou Fort MacPherson? Je décide rapidement d’aller vers l’avant, donc vers le sud! En fait, je n’ai jamais vraiment envisager retourner en arrière car je veux sortir de cet enfer au plus tôt et je sais pertinemment que la route sera meilleure quelques kilomètres au sud de la frontière du Yukon.

Je m’engage encore une fois très lentement sur cette foutu boue si glissante. Je croise une voiture 500 mètres plus loin et comme celle-ci vacille dans une pente montante, je tente de me tasser le plus vers la droite possible et en se faisant, je pers ma concentration et par conséquent, une mare de bout me projete directement au sol. Encore une fois, pas de dommage vu la faible vitesse mais cette fois-ci par contre, impossible de relever la machine.

Je suis trop épuisé, c’est trop glissant. Je débute encore une fois, le délestage des bagages. Tout un travail dans la boue mais je n’ai pas le choix. Malheureusement, toujours pas en mesure de lever le tout.

Je dois me résigner, après des dizaines de tentative, à attendre de l’aide. Une heure de pénible attente (debout dans la pluie) plus tard, une voiture passe et s’arrête pour me donner un coup de main. Ouf, quel bordel. Tout le monde sort de la voiture propre mais les quelques pas pour venir me rejoindre sont périeux et leurs chaussures sont maintenant comme des aimants à boue! Je suis si désolé.

La moto n’est pas difficile à lever avec de l’aide. 5 secondes et je suis de nouveau à la verticale. Je les remercie, échange quelques mots et ils quittent lentement vers le sud. Même pour les voitures, le chemin est un défi car les côtes sont glissantes et difficiles autant pour les montées que les descentes. Je replace les boites et les pneus sur la moto. Et je quitte de nouveau vers le sud…

Pas pour longtemps.

Je ne fais pas 200 mètres que je tombe de nouveau et cette fois, ouf, le découragement est fort présent. Je ne suis pas en mesure de relever la moto et je dois attendre encore plus de 30 minutes pour voir quelqu’un passer et m’aider.

Le pire, c’est qu’il m’est impossible de m’asseoir pour me reposer car tout est si sale et comme la route est surélevé, il n’y a rien vraiment autour de moi si ce n’est que de la toundra mouillé et molle. Et de la boue…

Une fois la moto debout, je réalise que je suis vraiment dans le trouble. Je suis dans le milieu de rien du tout, seul, sans communication. Sans support. Si je retourne en arrière, je dois refaire tout ce chemin pour uniquement avoir à le refaire dans quelques jours. Les conditions seront meilleures??? Rien de moins certain. Je regarde la possibilité de monter un campement mais le raisonnement est le même. J’ai des provisions pour quelques jours, soit, mais je suis gelé, mouillé et épuisé. Je ne vois pas d’endroit très propice à monter une petite tente de rien du tout et finalement, la présence de grizzlis me fut confirmée à quelques reprises.

Je décide donc d’aller de nouveau de l’avant mais mon objectif principal est clair, je ne dois plus tomber. Ce n’est pas compliqué, je dois tout faire pour rester en contrôle de la moto, de mes émotions et je dois être concentré à 100%.

Ce contrôle des émotions est difficile dès que je me penche la tête. Il est évident que je ne serai pas en mesure de franchir les 800 km du Dempster aujourd’hui et mon objectif se tourne vers Eagle’s Plain, le refuge à mi-chemin, où on retrouve un hôtel… Mais le GPS ne ment pas, il me reste 160 km… Oui, ce chiffre est bien la réalité. Je commence les calculs et je réalise que j’en aurai probablement pour la journée mais je n’ai pas le choix.

La technique devient évidente et simple. Dès que je vois une modification dans la couleur de la chaussé, soit au plus pâle ou foncé, j’arrête et je traverse ce qui est habituellement un endroit où la route est défoncé, donc avec un revêtement mou, glissant, mouillé et boueux, avec les pieds de chaque côtés, lentement, en m’assurant de pas tomber. Je roule donc à moins de 5 km/h pendant de longs kilomètres. Les passages les plus difficiles sont les montées et parfois les descentes.

Heureusement que j’ai choisi ma BWM avec la boîte de vitesse de type Enduro ce qui, essentiellement, signifie que le premier rapport est plus court et me permet de bien mieux contrôler mes départs et le roulage à basse vitesse.

Et dieux merci pour les pneus TKC80 qui sont parfaitement adaptés à ce genre de conditions. Avec un pneu normal, je ne serai pas en mesure de partir car la boue est parfois creuse et toujours très glissante.

Les heures qui ont suivit ont été difficiles et décourageantes. Forte pluie, vent, les mains mouillées. Le degré de concentration pour ne pas perdre le contrôle doit toujours être à 100%. Évidemment, au moindre relâchement, je risque la chute et je me choque conter moi-même… Je dois me fouetter pour rester vif et alerte.

Je viens quand même à bout de développer une expertise. Je suis maintenant un spécialiste du repérage de boue. C’est d’ailleurs l’unique solution qui me permet de rester sur la route.

Je roule très lentement car encore une fois, il est impératif que je n’échappe pas la moto.

Après quelques heures de ce manège, je réussi à me rendre au Yukon où la route s’améliore légèrement avec les kilomètres.

Fait à noter, je ne croise aucune autre moto… Un signe?

Finalement, vers 17h30, j’aperçois le refuge au loin. Quel soulagement, quel bonheur!!! Dès mon arrivée je suis accueilli par un groupe (aussi en GS www.gsriders.us) qui me demande si je suis le gars de Montréal!!! Heureux de voir que je suis arrivé sain et sauf, ils me disent que les gens qui étaient arrêté m’aider avait indiqué aux responsable de l’hôtel ma présence sur la route.

Ensuite, je me rends au petit garage et les gars me passent (la moto et moi-même!!!) au lave auto car je ne pourrais entrer dans l’auberge comme cela!!! Ouf, quel soulagement que de perdre toute cette boue! Ma pauvre moto garde des marques de l’Aventure. Premièrement, il est impossible de faire partir toute la boue mais aussi, celle-ci a cuit sur les échappements si bien qu’au lieu de présenter un beau chrome reluisant, ils sont maintenant oranges!!!

Je me rend ensuite prendre une chambre. 125$ !!! Mais je suis en mode survie donc le prix n’a aucune importance ce soir! Une douche si longue et si chaude!!! Quel bonheur!

Je dois tout passer à la douche. L’eau s’est infiltrée dans mes valises et mon linge est de nouveau un peu sale!

Par la suite, je contacte ma copine qui est au spectacle de Georges Michael à Montréal. Je lui fais part de mon aventure mais pas en détail car je ne veux pas la rendre trop nerveuse, surtout que demain, je dois faire possiblement le reste de la route! De toute façon, je ne crois pas qu’elle puisse saisir le réel de la situation car les mots ne décrivent que très sommairement l’ensemble et la gravité de cette journée.

Ensuite je me rend au bar échanger les constatations avec les autres aventuriers!

J’apprends que les 5 gars en GS sont arrivés la veille sur un camion du gouvernement car ils n’ont pas été en mesure de passer à travers la partie de route que j’ai faite aujourd’hui. Un d’eux s’est même retrouvé en fâcheuse position hors route, 4 mètres plus bas!!! Un peu de casse sur la moto mais rien de trop grave.

Ce sont 5 hommes passé la cinquantaine avec beaucoup d’expérience en moto hors route. Ils sont unanimes : il s’agit des pires conditions auxquelles ils ont eu affaire de leur vie. Wow, et je suis passé une journée après eu, une journée de plus de pluie, question de mieux détremper la route…

Certains sont aussi en attente de pouvoir monter vers Inuvik et me demande mon opinion à savoir s’ils devraient prendre la chance d’y aller… La réponse est simple. Non. Pourtant, ils quitteront tous le lendemain matin!

Pour ma part, c’est l’heure du dodo.

Demain, j’aurai des décisions à prendre à savoir si je m’engage ou non vers le sud… En espérant que la météo soit plus clémente…

Ce fût une journée qui restera gravé dans ma mémoire à jamais. Mais que somme toute, de laquelle je me serais probablement passé.

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